Agathe Muller

Agathe Muller Ecole Sudbury Lille

Enseignante de français, je me suis passionnée très tôt pour les pédagogies alternatives, avec l’espoir de trouver une école qui permette aux enfants et adolescent(e)s de s’épanouir et de s’émanciper. Lorsque j’ai découvert la philosophie Sudbury en 2016, ce sont ses valeurs d’autonomie, de liberté, de respect et d’égalité qui m’ont convaincue. Je veux créer une école où les enfants sont véritablement considérés et respectés pour ce qu’ils sont : des individus à part entière.

 

Tout au long de ma scolarité et de mon enfance, j’ai le sentiment d’avoir été totalement privée de libre-arbitre. Je n’oublierai jamais ma rentrée en CP : j’ai fondu en larmes avant de franchir le portail de l’école, terrorisée à l’idée de ne pas être à la hauteur des attentes de l’école primaire. La maternelle et le monde adulte avait déjà détruit toute confiance en moi. Je m’appelle Agathe, j'ai 6 ans, et je souffre du syndrome de l’imposteur.

Année après année, je me suis conformée à ce que mes parents et mes professeurs attendaient de moi. Catégorisée « bonne élève », je devais faire du latin. Je devais passer l’Abibac (un examen permettant de décrocher en même temps que le baccalauréat son équivalent allemand, l’Abitur) parce que ça peut servir. Je devais aller en prépa, parce que c’est ce qu’il y a de mieux. On m’a appris à laisser les adultes décider à ma place, et à avoir peur de l’avenir. En prépa, on m’a entraînée à ne pas écouter mes limites, et à perfectionner ma mémoire à court-terme, celle du bachotage avant les examens et les concours. Le fait d’ingurgiter une masse de connaissances souvent passionnantes, mais dont on ne retient quasi rien sur le long terme, m’a laissée avec un profond sentiment de gâchis. Je suis sortie de khâgne avec une intense fatigue psychologique et physique, une peur de l’échec, une confiance en moi proche de zéro... et un profond ras-le-bol de l’esprit de compétitivité.


    À 22 ans, j’ai obtenu mon Master de Recherche en littérature générale et comparée de l’Université de Strasbourg, et après un semestre passionnant à l’UQAM (Université du Québec à Montréal), j’ai ressenti le besoin de continuer à voyager et de me familiariser avec le milieu scolaire. J’ai travaillé trois années comme assistante de français dans des établissements secondaires en Angleterre puis en Allemagne. Une expérience qui m’a permis d’avoir un avant-goût agréable du métier de l’enseignement, mon rôle étant d’aider les élèves à prendre confiance en eux à l’oral et de les aider à préparer leurs examens.


    Durant ces années à l’étranger, j’ai commencé à m’intéresser de près aux écoles alternatives, avec un coup de cœur pour la pédagogie Freinet et ses valeurs d’autonomie et de coopération. Je cherchais un modèle d’éducation qui permette aux enfants de s’émanciper et de s’épanouir. J’ai ensuite découvert l’unschooling à travers le livre « Une société sans école » d’Ivan Illich et l'expérience d’André Stern, qui ont provoqué chez moi une remise en question totale de la notion-même d’éducation. Déjà sensible aux questions de justice sociale et bénévole auprès de plusieurs associations de défense des droits humains, de l’environnement et des animaux, j’ai alors commencé à me pencher sur la question de l’âgisme (la discrimination liée à l’âge) et de la domination adulte. C’est également durant ces années que j’ai pu prendre le temps d’entamer un travail sur moi grâce à des outils comme la méditation de pleine conscience ou la CNV, qui m’accompagnent encore aujourd'hui.


    J’ai passé le CAPES et tenté l’agrégation de Lettres Modernes en candidate libre, avec le secret espoir de révolutionner le système scolaire de l’intérieur ! Durant l’été 2016, j’ai appris l’existence de l’école Sudbury. C'était une révélation ! Je découvrais enfin un modèle d’école qui laisse les enfants libres de suivre leurs intérêts, tout en leur offrant un cadre démocratique sécurisant. J’ai commencé à lire tout ce que je trouvais sur le modèle Sudbury, et en 2017 j’ai suivi une formation à l’Ecole Dynamique de Paris et participé à des rencontres EUDEC. Au même moment, je commençais à enseigner le français en collège/lycée. C’est de l’intérieur que je constate désormais les failles et la violence ordinaire du système traditionnel. J’ai à coeur d’insuffler de l’autonomie et une certaine liberté dans les activités que je propose aux élèves, en m’inspirant des pratiques Freinet, mais je constate que la marge de manœuvre est extrêmement limitée dans un système aussi coercitif. C’est pourquoi mon désir de créer une école où les enfants et adolescent(e)s sont libres de faire ce qui les passionne est plus fort que jamais ! Âgée de 29 ans, j’ai rejoint l’équipe de l'École Sudbury Lilloise en décembre 2017, déterminée à créer un lieu où les enfants sont considérés comme des individus à part entière.